TORRES DEL PAINE : PART V – FINAL

Vous voulez savoir ce qu’on a foutu de nos 20 derniers jours dans les montagnes ? C’EST PARTI !

#PUSH :

On a d’abord fait les crêpes pendant trois jours. La météo était superbe et on passait nos journées affalés dans le doux jardin d’Eden. On savourait un repos bien mérité. On en a également profité pour faire un brin de toilette, chose plus que nécéssaire après notre vie verticale.

Le troisième soir on s’est jugés aptes à se remettre en business. Nous décidons donc de tenter un PUSH le lendemain sur le Cota 2000, la face à gauche du Cerro Catedrale.


– Définition de PUSH : ça signifie grimper « fast & light » (sans portaledge, etc ..) et sans s’arrêter jusqu’à atteindre le sommet et être redescendu. Il est envisageable de faire de légers bivouacs si la nuit empêche vraiment la progresion ou si la fatigue est trop importante.

Réveil à 3h00 du mat pour être au pied du mur au premières lueurs du jour afin d’optimiser notre temps. On assiste à un levé de soleil enflammé durant l’approche. Arrivé sur place nous choisissons la ligne qui nous attire le plus (nous n’avions aucune informations sur le Cota 2000). Il semblerait qu’on ai choisi le pire jour pour notre PUSH … après 3 jours de grand soleil à rệvasser on a décidé de « pusher » le jour ou les températures sont redescendues en dessous de zéro … de plus le ciel est bien menaçant !

Soit, on attaque quand même ! Les trois premières longueurs sont assez faciles mais ça caille sec !!

– Sean : MERDE !

– Steph&Merl : QUOI ??

– Sean : Ya un piton …

Sean est déçu, nous ne sommes pas les premiers à tenter de gravir ce caillou. Moi je dis tant mieux, ce sera plus facile pour redescendre. C’est à moi de grimper, la longueur suivante à l’air majeure mais pas évidente du tout. (Je pensais que pour cette voie l’objectif était « simplement » d’atteindre le sommet et non de libérer toutes les longueurs comme sur le Co Cat. Sinon j’aurais sûrement laissé Sean ou Steph grimper à ma place pour nous donner plus de chance. Heureusement je ne l’ai pas fais). J’attaque cette fissure mais très vite les prises de pied s’évanouissent  et j’ai vraiment du mal à progresser avec mes orteils à moitié gelés ! Pareil pour mes doigts. Mais bon j’avance, je regarde mes doigts se coincer dans la fissure sans les sentir et j’essaye de faire confiance à mes pieds. Je finis par arriver sur une petite vire : « relais les gars ! ».

La longueur suivante donne du fil à retordre à Steph qui passe la main à Sean. Cet asticot réussi à se faufiler et à passer la section dure. Trois longueurs plus haut les choses commencent à se gâter : Steph et moi étions pendu à un relais. Steph assurait Sean qu’on ne voyait plus depuis un moment et qui n’avancait guère. Ca caillait à MORT et le vent commençait à être menaçant.

– Steph : Je m’amuse pas des masse là … (et toi ?)

– Merlin : Clak clak clak clak clak clak …

Il s’est mis à neiger finement.

– Steph : Bon, on dit à l’autre qu’on en a marre ou quoi ?

– Merlin : Chic idée Steph !

– Steph : SEEEAN !

– Sean : QUOI ??

– Steph&Merl : …

– Steph : On lui dit quoi ?

– Merlin : Je sais pas, demande lui ce qu’il en pense ..

– Steph : Merlin c’est à peine si on s’entend … tu veux pas qu’on lui demande l’adresse de son coiffeur tant qu’on y est ?

– Merlin : SEEEAN !!! ON SE CAAAASSE !!! ON DÉGAAAAAGE D’ICI !!!!

Il à compris.

– Sean qui redescend : Whaaa, ça c’est une longueur de rêve les gars ! A mon avis ça passe en libre. Mais c’est pas facile …

– Steph&Merl : Ouais ouais c’est ça, aller on descend !

En arrivant au sol les conditions s’étaient encore dégradées. On a laissé tout le matos au pied du mur et on est rentré à la grotte. Le vent était si fort qu’il était presque impossible de marcher !!!

– Sean : Hey les gars ! Vous sentez les gouttes ?? HAHAHA

#PATIENCE :

Echec. On a vraiment choici le bon jour pour notre Push … « On fais quoi maintenant ? On réattaque demain ? ». Le lendemain les conditions n’étaient pas meilleures voir pires. Le surlendemain pareil ainsi que le jour suivant. On a enfin pu profiter de notre grotte. Nous étions parfaitement à l’abri de la pluie et du vent qui hurlait dehors ! Le troisième jour on est descendu au camp Britanico demander aux rangers des informations concernant la météo des prochains jours : « Pareil pour les trois prochains jours .. ». SUPER ! On est rentrés à la grotte trempés jusqu’aux os.

Le jeu de la Patagonie a commencé. Nous occupions notre temps en (re)lisant nos livres, en cuisinant, en musiquant, en dormant, en écrivant, en mangeant, … moi je faisais des réussites parce que les vieux ne voulaient pas jouer avec moi. Snif.

Un matin je me suis levé pour aller soulager ma vessie mais mon esprit engourdit n’a pas pris en compte le vent et FLAASH ! Retour à l’envoyeur. Il n’y a rien de tel qu’un bon jet de pisse dans la figure pour se réveiller ! (ça nous est tous arrivé plus d’une fois.             ❤ Patagonie). Je regarde autour de moi : les montagnes étaient plâtrées. « Ca s’améliore les gars ! ».

Heureusement Steph notre technicien en chef nous avait arrangé une toilette plus ou moins abritée pour les situations comme celle ci. Je remercie particulièrement Steph qui a sans doute préparé 95% de mes petits dèj, c’était un pure régal à chaque fois !

« Bon on fait quoi si on y retourne ? »

– Steph&Merl : On monte en lourd pour se donner un max de chance. Plus de Push foireu !

Quatre ou cinq jours après avoir été voir les rangers, le ciel s’est soudainement dégagé => « A L’ASSAAAAUT !!! »

#LA DER DES DER :

Enfin un créneau. Ce n’était pas le meilleurs qu’on ai eu mais il ne faisait pas froid et il n’y avait pas de vent. La marche était facile puisque tout le matos était déjà là bas. On a remplis les outres, les sacs et HISSE ET HAUT ! Haulage des sacs lent et pénible. On a fini par installer un beau camp suspendu à environ 200m, une longueur en dessous de celle atteinte lors du Push. Le lendemain on a eu le vent le plus effroyable qu’on ai eu jusque là ! Nos tapis volants virevoltaient (presque) dans tous les sens ! Personne n’a dormi durant les 2 premières nuits et moi je ne suis pas sorti de mon portaledge des deux jours. Steph et Sean ont fait une tentative le 2e matin qui a durée 5min : ils se sont préparés, ils sont sorti, ils sont rentrés. Il faisait beaucoup trop froid et le vent était glacial.

Le troisième jour il y avait du soleil et Sean et moi sommes sorti. J’ai péniblement grimpé la longueur au dessus du camp et puis j’ai assuré Sean dans sa longueur « de rêve ». Après 5 m il ne sentait déjà plus ses pieds et moi je gelais sur place. Mais bon, le froid n’est qu’une sensation après tout … et la douleur est une vertue que seul les braves savent apprécier !  Cela faisait 30 min que j’assurait, je ne voyais plus Sean mais je savais qu’il ne glandait pas car je sentais de violentes tensions dans la corde dues à ses chutes. « Oufti … ça doit être bien dure ! ».

Petit à petit le vent à forci, il a soulevé les cordes bien lovées sur mes jambes dans tous les sens et je me suis retrouvé avec un méga paquet de noeuds ! (❤ Patagonie). J’essayais de les démêler mais Sean avancait et avait besoin de mou … mou qui commencait à manquer à cause du sac de nouilles que j’avais dans les mains.

– Sean : DU MOU !!

– Merlin : YA DES NOEUDS !!

– Sean : DUU MOOUUUUUUUUU !!!!!!!!!!

– Merlin : YAA DES NOOOOOOOOOOOOOOOOOOEEEUUDDS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

J’ai presque perdu ma voix. Il faut s’imaginer essayer de communiquer avec quelqu’un 30m au dessus de soi avec un réacteur d’avion qui crache partout autour. On a fini par s’en sortir. Après bien 1h30 – 2h d’assurage pour que Sean décortique la longueur « bijou », Steph est venu me relayer et ils ont attaqué les longueurs suivantes. Ils ont fait un super boulot en fixant toutes les stat (cordes statiques) restantes et en libérant toutes les longueurs sauf une.

Le soir il faisait calme et le ciel était dégagé.

– Merlin : Il semblerait qu’on aille au sommet demain !

– Sean : Ne fait pas de suppositions sinon tu vas être déçu en enttendant les gouttes demain matin.

– Merlin : Mais jamaaais !

Le lendemain matin : « Plic Ploc Plouc Plac ..  »

– Merlin : Sans commentaires. C’est pas grave, encore une super journée en portaledge les copains !

Nos discussions commençaient à tourner principalement aurour de la nourriture : « han, je vais tellement me goinfrer d’avocats frais en rentrant ! », « Et moi je vais manger des pizzas pendant une semaine ! », « On irait bien manger des Sushis aussi non ?! », « HO ouais, des sushis !! ». Au final on se faisait plus de mal qu’autre chose. Dans l’aprèm Steph et Sean sont quand même sorti libèrer la longueur qui leur avait résistée la veille. Le soir on a fait le topo de ce qui nous restait en bouf et  nous avions de quoi manger correctement pour encore un jour. (ou maigrement pendant deux, ou ridiculement pendant trois). Bref, on avait la vie devant nous. Ou pas.

Heureusement le lendemain nous nous réveillons avec un ciel tout bleu et pas un pet de vent => CHAAAARGEZ !!!

Sean a commencé par enchaîner sa longueur bijou !! Pour vous imaginer cette longueur, prenez un livre aux pages de granite et ouvrez le à un angle de 90 degrés. Posez le à la verticale et imaginez un playmobile qui essaye de le grimper au niveau de la reliure (par l’intérieur). Ouais, cette longueur était ******* dure ! Ensuite on a remonté toutes les cordes fixes et 3 longueurs plus haut nous étions au sommet ! Bon c’était le sommet de la voie et pas de la montagne du coup on a continué en corde tendue jusqu’au « vrai » sommet !

– Sean : CA PUE LES GARS … CA PUE LE SOMMET !!!

Et voilà, deuxième sommet conquis et deuxième voie libèrée à la dernière minute !

Helas on avait eu tellement faim qu’on avait mangé le reste de la Coeck de Dinant … VASTE BLAGUE , on a évidemment savouré le biscuit de la victoire !

Il était environ 14h. « On essaierait de descendre à la grotte aujourd’hui ? », « paroles de sage ». Au moment d’entammer les rappels, on balance la corde dans le vide : « heu les gars … » (Imaginez 60 m de corde flottant dans l’air à l’horizontal). « Aller on s’active ! ».

Arrivés aux portaledges on a tout remballé et on est arrivés au sol juste avant la nuit. Impossible de tout ramener en une fois à la grotte (surtout qu’on voulait ramener des vieilles cordes pourries laissées sur place par des anciennes expé …). On a remplis nos sacs le plus possible et on s’est farci les deux heures jusqu’à la grotte dans le noir à travers les pierriers. Je portais le gros haul bag et à chaque pas je manquais de me viander, c’était vraiment chouette !

Quand on approchait enfin de la grotte, un faut pas m’a désiquilibré et je me suis fait entraîner par le poids du cochon que j’avais sur le dos. Je me suis effondré de toute ma masse sur mon tibia contre un rocher qui traînait là. J’ai gémis comme une brebis qu’on égorge, s’en était fait de moi. Je gisais sur le sol avec ce gros cochon toujours ficellé sur mon dos. Impossible de bouger. Je lancais un dernier regard vers le ciel, il était magnifique ! Alors que je contemplais ces millions d’étoiles je revoyais chaques moments de cette incroyable aventure. Chaque instant était magique. Et Steph et Sean … quels aventuriers incroyables !

« Bon mec, il faudrait peut être que tu te bouge sinon ils vont finir par s’inquiéter. » Je me suis séparé de mon fardeau pour aller boire 4L dans la rivière puis j’ai retroussé mon pantalon et mon collant : il y avait un sacré trou dans ma jambe. « Ho non, mon collant tout propre plein de sang et de graisse … ma mère va me tuer ». Je finis par rejoindre les autres qui avaient décidé de dormir à la belle.

Le lendemain Steph et moi sommes retournés chercher le reste des affaires (+ cordes pourries) au pied du mur pendant que Sean déscendait déjà un sac jusqu’en bas. Et le surlendemain nous quittions notre grotte bien aimée pour de bon, chargés comme des putains de chameaux  ! (Pardonnez moi l’expression mais c’est la fin de l’aventure et la fin du récit, et je suis fatigué et des montagnes et des formes polies).

Après cette intense dernière journée de mulage nous sommes arrivés au bateau qui allait nous ramener à la civilisaton.

« Ca y est les gars … c’est fini … »     « On y retourne quand ? »       « Alors moi je vais me faire une de ces pizza !! Genre la pizza à 4 étages de toute une vie ! »    « Je veux ma maman »        « Demain, MEGA BRUNCH les gars ! J’irais faire les courses ! »     « Le bateau est là les gars …. »             « SNIF » 

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Je tiens à remercier tout particulièrement Stéphane Hanssens et Sean Villanueva, deux grimpeurs et hommes d’exception, pour m’avoir permis de partager cette merveilleuse aventure en leur compagnie. C’était tout simplement génial du début à la fin. Je ne suis pas près d’oublier tout ces moments passés ensemble (autant les meilleurs que les pires).

Merci les gars, Merci !     (et ENCHANTÉÉÉÉÉ !!)

Et je remercie encore énormément le magasin Lecomte (et toute son équipe) pour avoir accepté de me soutenir dans cette aventure ! Tout la matériel qu’ils m’ont procuré était vraiment top ! Merci mille fois pour votre aide !

Une réponse à “TORRES DEL PAINE : PART V – FINAL

  1. Merlin, ta Zaza est baba! Merci de ce récit. Vous êtes complètement flyés. Que les dieux des montagnes mayas, incas at aztèques vous accueillent parmi leurs braves.

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