TORRES DEL PAINE : PART III

Le grand jour est arrivé, aujourd’hui on monte sur le mur avec tout le gros matos et on ne redescendra qu’une fois l’objectif atteint ou bien que nous arrivions  à court de nourriture. On a tout amené au pied de la voie et avons été remplir les outres d’eau. Nous avions prévu de la nourriture pour 2 semaines et nous avions donc besoin l’eau qui va avec. (env. 60 L si je ne me trompe ..). Ensuite nous avons tout packé dans les haul bag et avons commencé cette lente et pénible tâche qu’est le haulage des sacs tout au long des cordes fixes, longueurs par longueurs ! C’est aux moyens de poulies et de notre poids que nous parvenons à hisser ces gros cochons. Cela nous prend presque la journée.

Une fois tous les sacs hissés nous avons installé le camp portaledge à proximité d’une petite vire. Comme il faisait encore jour j’ai vite grimpé la longueur juste au dessus pour profiter un maximum de ce créneau météo.

Je n’ai pas encore beaucoup parlé de la météo mais depuis le début il faisait grand beau presque tous les jours et pas un pet de vent ! Le lendemain nous avons même du attendre que la face passe à l’ombre pour grimper !! C’était plutôt inattendu comme situation !

Le lendemain Sean et Steph ont travaillé les trois longueurs en dessous du camp. L’une d’elle était vraiment bien dure, genre 7c+ dans un style d’adhérence bien teigneux. C’est Sean qui s’est chargé de la « décortiquer » et il lui faudra deux jours pour réussir à la libérer ! Une fois les trois longueurs enchaînées nous avons commencé à fixer les cordes dans les longueurs au dessus du camp portaledge.

Le troisième jour sur le mur, nous avons pêché. C’etait un jour magnifique, sans vent et nous nous sommes REPOSÉS ! Depuis que nous avions quitté Natales nous n’avions pris aucun jour de repos donc on commençait à resentir une legère fatigue.     (J1 – portage / J2 – grimpe / J3 – portage / J4 – haulage / J5 – grimpe / J6 – grimpe / J7 – repos) Si nous ne nous reposions pas, on  limitait nos chances d’enchaîner les longueurs dures.

Au bout de 4 jours sur le mur, nous avions fixé toutes nos cordes statiques, couvrant ainsi 8 longueurs au dessus du camp portaledge (je ne suis pas sûr que ce soit très français de dire ça comme ça…) et nous avions tout libéré !! Parmi ces longueurs il y en avait encore une bien dure, aussi aux alentours de 7c+ et de nouveau dans un style extrêmement  teigneux ! Notre chèvre des montagne s’en est chargée et après moult essais a finis par en venir à bout. C’était super impressionnant la manière  dont Sean grimpait cet espèce de dièdre car il se retrouvait dans une position horizontale avec les pieds et les mains à la même hauteur ! Encore une performance exceptionnelle ! Il y avait également une longueur en offwidth (offwidth : fissure trop large pour y coincer les mains mais pas suffisament que pour rentrer en entier dedans) et une autre en cheminée dans lesquelles je me suis fait les griffes … c’était … intéressant !

+++++++++++++++++++++++++

– Sean : Bon, la longueur suivante c’est l’offwidth. Tu y vas ou j’y vais ?

(offwidth : fissure trop large pour y coincer les mains mais pas suffisament que pour rentrer en entier dedans).

– Merlin : Vasi, jai jamais grimpé d’offwidth. Si tu y vas il y a beaucoup plus de chances que tu libères la longueur direct et on perdra moins de temps.

– S : T’es sur ? C’est à toi de grimper gars et si tu veux aller voir je ne peux pas t’enlever ça … comme tu veux mais enchanté !

– M : Non non vasi, c’est plus stratégique.

(Sean commence à se racker et moi je doute …)

– M : Bon aller, passe moi les gros cams, je vais aller voir !

(Ho non, qu’est ce qui m’a pris …)

Les 5 premiers mètres sont faciles. Ensuite j’arrive à une fissure assez large dans laquelle je remonte mon cam num. 5 jusqu’au début de l’offwidth. Il y a un vieux num. 5 rouillé en place, vestige de la tentative de Mason Earl et de ses potes il y a 3 ans. Je le clippe, c’est toujours une protection en plus. Je commence à rentrer ma jambe dans l’offwidth mais je fais une erreur de placement et je tombe. MERDE ! J’ai même pas pu me battre un peu … J’essaye quand même un peu après ma chute mais sans grand succès. Je propose donc à Sean de me descendre comme ça il peut y aller.

Evidemment, cette espèce de chèvre des montagnes à galopé dans la fissure comme si c’était une simple échelle. C’est vraiment un maître dans ce style.

Bon maintenant je dois seconder Sean pour récupèrer le matos. Dans ma tête c’était déjà clair que j’allais tirer sur la corde ou sur les gros cam pour m’aider mais en arrivant à l’entrèe de l’offwidth j’ented Sean qui me crie : « A FOND TU DONNES TOUT !! »

Alors j’ai coincé mon épaule et mon genou dans la fissure et j’ai essayé d’avancer. Je n’arrivais presque pas à bouger. A la moindre tentative de progression je glissais dans la fissure et mon coincement de genou était bien douloureu. J’ai voulu abandonner et me laisser tomber mais mon instinct de guerrier à pris le dessus et le combat à commencé. J’ai rampé verticalement tel un ramoneur dans une cheminèe pleine de suie. Je transpirait et soufflait comme un bufle poursuivit par un guépard. Je n’avais aucune technique, seulement la volonté et la rage de vaincre ! Tout mon corps brûlait et était tendu comme … bha comme une crampe !

Je glissais presque en continu, bref, je n’avancais pas ! Après quelques mètres mon corps en bavait tellement que je lui parlait : « Pardon mes pieds, pardon, mon épaule, pardon mon genou, pardon mes mains … « , « PARDON MON CORPS, pardon … ».

– S (qui ne pouvait me voir) : QUOI ?

– M : Rien rien … TOUT VA POUR LE MIEUX !

J’étais occupé à tuer mon baudrier et ma veste à force de me traîner sur le granite. Mais tout au long de ma progression je développais des techniques qui me permire de resister et de continuer tant bien que mal.

Fianalement, après une heure de lutte intense je suis sorti de cette maudite fissure, complètement exténué ! Mais je n’avais rien laché ¡

– S : Bien joué gars ! Tu vas voir la longueur suivante ? C’est une cheminée.

Dieu seul sait ce qui m’a pris de répondre … oui !

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Donc nous avions fixé toutes les cordes et la dernière fixée devait être plus ou moins au 2/3 de la face. Nous étions donc dans une excellente position pour faire une tentative au sommet !

Hélas, comme le dit toujours le grand Sean, « quand il fait beau en Patagonie c’est que le mauvais temps arrive … ». Cela faisait 10 jours que nous avions une météo de rêve et personnellement ça commençait à me gaver de grimper aveuglé par le soleil ou de devoir faire la crèpe dans le portaledge … « Sean, en fait la Patagonie c’est une grosse blague !? Pas mal les effets de neige et de vent dans tes films ! ». J’avais bien entendu parlé trop vite et alors que nous étions près à tenter le sommet, le mauvais temps arriva !

Quand je dis mauvais temps je ne parle pas d’une petite bruine rafraîchissante, non, je parle de neige, de températures en dessous de zéro et de vents bien terrifiants ! Bref, grimper dans ces conditions c’est plutòt extrême. Nous sommes donc contraint de rester dans nos portaledges et dans cette situation, la meilleures arme est la patience !

Je pense que c’est le bon moment pour un peu décrire la vie en portaledge :

Sean et Steph dormaient à deux dans le « meilleur » portaledge. Il est meilleur dans le sens ou le « fly » (la toile imperméable) emballe en entierté la structure sur laquelle on dort et est composée de deux portes. Dans ce cas, tu peux laisser « traîner » des truc dans le portaledge et il n’y a presque aucun risque qu’ils tombent. Il est également un peu plus grand, bref c’était le portaledge le plus adéquoit pour deux. Le fly de mon portaledge, n’étant pas conçu pour les expé. mais plutôt pour pouvoir s’abriter rapidement en cas d’averses, n’emballait pas l’entierté de la structure (pas la partie du dessous) et n’était pas muni de portes. Donc à chaque fois que je voulais sortir/rentrer je devais le soulever et me glisser en dessous et absolument tout ce qu’il y avais dedans (matelas, sac de couchage, vêtements, truc de grimpe, ..) êtaient accrochés.

Comme Stéphane et Sean étaient plus à l’aise, c’est eux qui s’occupaient des repas. Parfois nous mangions à trois dans leur portaledge. Pour aller aux toilettes, nous avions installé une main courante sur la petite vire en dessous afin de prendre un peu de distance avec les portaledges pour ne pas souiller notre lieu de vie, il suffisait de s’assoir dans son baudrier et de se relacher. Rien de plus facile.

Donc le mauvais temps était là et nous n’avions aucune idée pour combien de temps ? Un jour ? Une semaine ? Un mois ??? La seule chose que nous pouvions faire était d’attendre et de ne pas manger toutes nos provisions trop vite. Nous nous occupions donc du mieux que nous pouvions : on écrit, on fais de la musique (nous avions 2 flûtes, 2 harmonica et 2 casseroles), on lit, on philosophie sur la vie et on mange ! Pas beaucoup mais cuisiner ça occupe. Stéphane était le chef coq et il faisait toujours de son mieux pour me préparer le meilleur petit dèjeuner ! Farine grillée avec des sortes de granolas, de la canelle, des raisins sec et du miel. Muy rico !

Comme mon fly n’était pas fermé en dessous, il y avait quelques endroits dans les coins où il y avait des trous d’air. Et avec les vents ascendants, quand il neigeait ça faisait un peu canon à neige à l’intérieur c’était super sympa ! Mais le vent était bien pire que la neige ou le froid. Il était si fort qu’il soulevait nos portaledges, parfois pendant plusieurs minutes … on avait un peu l’impression d’être sur un tapis volant mais ça ne nous faisait pas vraiment rire … en fait ça ne nous faisait pas rire DU TOUT. Malgré le vent je pouvais entendre Sean pleurer, Stéphane écrivait à sa maman, ça le rassurait et moi je priais. En fait, mon portaledge ressemblait plus à une voile qu’autre chose.

« Trfffh .. chhh … Hem, Mesdames Messieur c’est votre capitaine de bord qui vous parle, nous traversons actuelement une zone de perturbations pour une durée indéterminée .. thfffsss .. merci de bien vouloir rester allongés dans vos portaledges sans broncher merci « .

Un autre petit détail sympatique des conditions sur le mur sont les chutes de pierres et de glace venant du sommet. On pouvait les entendre se rapprocher et passer à pleine vitesse à côté de nous avec un bruit de réacteur d’avion. Alors on se collait le plus possible de la parois, un peu comme à la guerre, quand quelqu’un se jette au sol parce qu’il y a une grenade à proximité.

Inutile de préciser qu’on dormait du sommeil du juste.

Un jour je suis sorti à pied nus pour aller me délester, je croise Steph, le voisin, qui revenait justement du lieu d’aisance. « Bon caca ? » – « Nickel ! ». Le temps de retourner au chaud dans mon sac de couchage je ne sentait déjà plus mes pieds !!! Après deux jours dans cette situation je trouvait suffisant l’expérience patagonienne … je voulais bien ravoir un peu de soleil.

Camp portaledge et dernier relais en place :

Camp portalegde et dernier relais en place.

4 réponses à “TORRES DEL PAINE : PART III

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